dimanche 25 décembre 2011

Plaisir de la table...

Anciennement, le temps des Fêtes était synonyme de bonne chère, de victuailles des plus appétissantes, des plus tentantes aussi. Ce qu’on ne mangeait pas dans un temps ordinaire se retrouvait sur la table pour le réveillon de Noël et celui du jour de l’an. De plus, les quantités étaient doublées; on mangeait à en avoir mal au ventre. Nous avons juste à penser au récit d’Alphonse Daudet « Conte de Noël » des Lettres de mon Moulin, où le révérend se hâtait de célébrer sa messe pour goûter aux plats savoureux qui l’attendaient au château…

Voici un extrait de ce conte merveilleux:

- Deux dindes truffées, Garrigou ?...
- Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue...
- Jésus-Maria ! moi qui aime tant les truffes !... Donne moi vite mon surplis, Garrigou... Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?...
- Oh ! toutes sortes de bonnes choses... depuis midi nous n'avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout... Puis de l'étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des...
- Grosses comment, les truites, Garrigou ?
- Grosses comme ça, mon révérend... Énormes !...
- Oh ! Dieu ! Il me semble que je les vois... As-tu mis le vin dans les burettes ?
- Oui, mon révérend, j'ai mis le vin dans les burettes...
Mais dame ! Il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs... Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres !... Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du voisinage.
Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni le tabellion... Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend !... Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout... Meuh !...
- Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité... Va bien vite allumer les cierges et sonner le premier coup de la messe ; car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous mettre en retard...
Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six cent et tant, entre le révérend dom Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être le petit clerc Garrigou, car vous saurez que le diable, ce soir-là, avait pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire le révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché de gourmandise.
Donc, pendant que le soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle seigneuriale, le révérend achevait de revêtir sa chasuble dans la petite sacristie du château ; et, l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait à lui-même en s'habillant :

- Des dindes rôties... des carpes dorées... des truites grosses comme ça !...

* * *
 
[Photographie tirée de Dreamstime]

Je vous imagine déjà en train de saliver! Eh bien autrefois, cela se passait comme ça dans le temps des Fêtes! Des plats inhabituels, et ce, en quantité énorme, se retrouvaient au centre de cette belle grande table qui attendait impatiemment les convives. De nos jours, dans la plupart des foyers, l’inhabituel n’existe plus.  On mange à sa faim en tout temps. Les plats raffinés se retrouvent régulièrement sur notre table. Donc, il n’y a rien de nouveau pour le réveillon. Ce jour de fête devient vite un jour comme les autres c’est-à-dire tout à fait banal.

Alors rêvons de doux moments si la nourriture ne produit plus sur nous autant d’effet qu’avant, recherchons l’harmonie, le plaisir et le rire. Et faisons comme le révérend : dépêchons-nous de faire ce que nous avons à faire pour profiter de ces doux instants!

Pour le plaisir de la table ou de la conversation, mais faites-le pour le plaisir!

Mésange

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