lundi 4 août 2014

Chez moi c’est aussi ailleurs

Pour donner suite à une invitation lancée à tous ceux qui désiraient me soumettre un sujet d’article, permettez-moi de vous présenter le premier d’une belle série d’articles. 

Pour toi, Carole, qui reviens d’un beau voyage, 
 mais dont le cœur est resté accroché à la magie de l’Irlande… 

* * * 

C’est un voyage dont on ne connaît que la destination. On n’y a jamais mis les pieds. Autour, peu y ont songé, car ce n’est pas un lieu de rêve à cause de sa météo incertaine, en raison d’un climat moins chaud. 

C’est l’inconnu; la rencontre hasardeuse avec le mystère et l’étonnement. 

On ne connaît ni les voyageurs qui feront la route à nos côtés ni les gens que nous allons croiser. Ce que l’on en sait? À peine quelques lignes sur le papier glacé d’une publicité, quelques infos de base tirée d’un guide Michelin. 

Tout est à découvrir, les lieux, le climat, la nourriture, les us et coutumes, la langue (le gaélique) et bien sûr la météo — aussi changeante que les culottes d’entraînement d’un bambin. Malgré cette ignorance délibérée qui, parfois, engendre des impairs d’un comique, on est ouvert, prêt à accueillir tout cela en bloc, le sourire aux lèvres et le cœur confiant. Et au fil des rencontres, aux détours des rues, à la croisée des chemins, on pense découvrir des gens, une culture, une histoire, un pays, mais au fond, c’est soi-même que l’on découvre. 

Que l’on redécouvre. 


Ces quelques jours passés à l’étranger nous font grandir et d’une certaine manière, nous élargissent par en dedans. Alors on comprend enfin ce que les livres ont voulu nous enseigner, ce que des amis ont évoqué par le passé avec un enthousiasme teinté de nostalgie. 

Montaigne disait que les voyages servaient à frotter et à limer notre cervelle contre celle d’autrui… 

D’une certaine façon, ils embellissent l’âme et le coeur du voyageur.

[Photographie réalisée par Carole Demers, été 2014]

Et puis, il faut bien rentrer chez soi parce que la vie que l’on a laissée en suspens nous attend sagement. Alors on rentre au bercail, le corps heureux de retrouver ses habitudes, mais le cœur encore accroché à la cime des montagnes, à l’azur capricieux, à cette mer qui nous a porté le temps d’un rêve. 

Notre regard est encore suspendu dans ce ailleurs qu’on a tant aimé parce qu’il nous a accueilli tel qu’on était, parce qu’il nous a laissé repartir à regret. Inconsciemment, on y a laissé une part de nous : des paroles échangées, des soupirs échappés, une caresse abandonnée sur un banc, des larmes lavées par la pluie, des sourires et des baisers destinés à ceux qu’on ne reverra probablement jamais… 

La promesse d’y revenir fut formulée d’abord pour soi, parce qu’au fond, on souhaite retrouver cette part de nous que l’on a laissée derrière, de l’autre côté de l’océan. Ensuite, à l’univers, espérant qu’il nous accorde une autre chance. 

Entre nos quatre murs, on est convaincu qu’il nous manque quelque chose. La beauté des lieux? La magie du voyage? Les visages de ceux que l’on a croisés? C’est notre ancien moi qui nous manque; celui ou celle que nous étions avant — avant cette aventure. 

Chère Carole, on ne revient jamais à son point de départ, car tout voyage comporte un risque : celui de nous faire avancer, progresser, nous forçant ainsi à nous aventurer un peu plus loin sur le chemin de la vie. 

Jocelyne Gagné (alias Mésange) 

P.-S.-1 Pour ceux et celles qui souhaitent soumettre des sujets d’article (thèmes, questionnements, etc.), allez-y, exprimez-vous! 
P.-S.-2 Merci infiniment Carole d'avoir proposé le sujet, la nostalgie, et pour m'avoir permis d'utiliser cette superbe photo.

2 commentaires:

  1. Chère Mésange,
    Merci pour ce beau texte qui exprime tout ce que je ressens...cette nostalgie...c'est vrai que ce voyage fut une belle aventure, qui m'a laissé un avant goût de changement qui monte tout doucement en moi!

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    Réponses
    1. Chère Carole,
      Je ne sais jamais si mon texte saura rejoindre le coeur d'une personne; ces moments de doute m'appartiennent.
      Mais quand je lis un commentaire comme le tien, momentanément mes incertitudes disparaissent.
      Merci et bonne semaine douce Carole. xoxo

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