lundi 27 avril 2015

Qu’est-ce qu’il y a de drôle?


Dimanche dernier, le temps doux persistait, m’invitant à mettre le nez dehors. Les nuages traversaient le ciel à la queue leu leu comme une enfilade de motos faisant du tourisme en groupe. Il y avait bien quelques retardataires qui se laissaient distancer, distraits par l’apparition spectaculaire d’une énorme boule dorée. Mais qu’est-ce que c’est que ça? se questionnaient intérieurement quelques-uns.
Intrigué, le plus petit mais aussi le plus jeune de la bande se lança :
« Est-ce cela qu’on appelle un objet volant non identifié? »
D’un seul coup, il déclencha l’hilarité des autres nuages, ce qui courrouça à l’extrême le jeunot. Voyant qu’on se moquait de lui, il ralentit l’allure affichant ainsi son indépendance, mais aussi sa mine renfrognée. Dans le ciel, l’astre continuait à tournoyer, ravivant sa curiosité. Sans perdre une seconde de plus, le petit nuage se rapprocha de ses compagnons de voyage tout en demeurant à une certaine distance. Arborant un air détaché, il demanda :
« D’accord, j’ai compris. Alors si ce n’est pas un ovni, serait-ce un feu follet? »
De nouveau, les autres s’esclaffèrent, pris d’un fou rire incontrôlable laissant échapper par mégarde quelques gouttes de pluie.
« Hé, oh! Ça suffit!» bougonna le petit nuage qui déjà perdait de sa blancheur.

Un des anciens, placé à la tête du groupe, quitta son poste et vint s’installer à côté du petit nuage qui avait viré au gris.
« Ça gronde là-dedans, constata le vieux. Faudrait que tu te calmes, le jeune. Y’a pas de quoi s’énerver!
— Mais si, justement! Tout le monde se moque de moi, se lamenta le petit.
— Ne te crêpe pas le toupet pour si peu. Une moquerie n’a jamais fait de mal à personne.
— À moi, si! »
Le vieux nuage jeta un regard circulaire, puis baissa la voix pour ne pas être entendu des autres.
« Tu sais, nous, les vieux, on en a vu des choses dans la vie. Plus rien ne nous surprend à part peut-être les remarques et les questions des plus jeunes.
— Mouais, mais je n’aime pas être la risée de tout le monde, moi.
— Je comprends. Mais faire rire les autres, ce n’est pas donné à tout le monde, fit remarquer l’ancien.
— Je n’aime pas être le dindon de la farce », protesta le petit nuage qui avait cessé d’avancer.
Aussitôt, la longue procession s’arrêta net, car tous ne voulaient rien perdre de cet échange.
« Écoute, le jeune, lança l’aïeul, moi j’aurais donné gros pour faire rire ma mère, mais elle est partie avant même que je n’aie eu le temps de le faire.
Le petit nuage se sentit tout à coup honteux puis peiné pour le vieux.
— Je suis désolé; je ne savais pas qu’elle s’était évanouie dans l’immensité du bleu.
— Bah, c’est déjà loin tout ça. Ce que j'veux dire, n’aie pas peur de poser des questions, n'aie pas peur de faire rire de toi, c’est comme ça qu’on devient grand. Pas gros, pas haut, pas joufflu, mais grand. Et tout le monde respecte les grands nuages. Moi, le premier.
— Il faut vraiment que je passe par là pour devenir grand? lança le petit nuage accablé par l’énormité de la tâche qui l’attendait.
— Petit, dit-il en secouant la tête tristement, il n’y a pas d’autres façons.
Le jeunot se mit à réfléchir. Et ce n’est qu’au bout d’interminables minutes qu’il déclara avec une certaine résignation dans la voix :
— OK d’abord… Maintenant, dites-moi : cette grosse boule dorée, c’est quoi au juste?
— Ah ça? C’est simple : c’est juste un gros pamplemousse.
Cette fois-ci, même le vieux nuage ne put s’empêcher de rire. Et ce fou rire se propagea dans tout le groupe faisant pleuvoir des cordes.
En partant, le vieux le bouscula au passage et lui adressa un clin d’œil pour se faire pardonner. En un rien de temps, il avait rejoint la tête du groupe. Wow! Il est rapide pour son âge, songea le petit nuage.
Le nuage qui fermait ce long bourrelet tout blanc arriva à sa hauteur :
« Tu viens, le jeune? On a une longue route à faire », lança-t-il avec le sourire.
Le jeune lui retourna son sourire et acquiesça. Rapidement, il reprit sa place parmi le groupe. Au passage, il vit le gros pamplemousse et malgré lui, il rit de bon cœur. Il admit que le rire avait du bon : le voyage paraît moins long et la vie beaucoup plus agréable!
Trop petites secousses sur la manche de ma veste me fit quitter mon beau petit nuage blanc.
« Est-ce qu’on va faire un tour, Jojo? s’impatienta petit Max.
— Oui bonhomme! lançai-je tout en ramassant mon appareil photo et les provisions pour notre escapade.
— Est-ce qu’on va nourrir les écureuils?
— Bien sûr!
— On apporte des noisettes? demanda-t-il au moment de monter dans le véhicule.
— Ben non! Du chocolat, voyons!
— Hein? fit-il le visage en grimace.
— Si tu avais le choix entre des noisettes et du chocolat, que choisirais-tu? demandais-je le plus sérieusement du monde.
— Euh, du chocolat?
— Bingo! »
Et au fond de moi, je ne pouvais m’empêcher de rire. La naïveté c’est si beau… et si amusant pour les plus vieux!
 
Mes chers lecteurs, cette semaine, riez de bon cœur, c’est si bon pour la santé et si bon pour le moral.

Bon lundi et bonne semaine tout le monde!

Jocelyne Gagné (Mésange)

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