lundi 15 février 2016

Le pouvoir des mots

On pense que les petites réflexions lâchées durant une conversation ne servent qu’à faire élégant, à montrer qu’on a le sens de la légèreté, mais quand on y pense, ils sont là pour donner une certaine contenance à notre impatience qui est sur le point d’exploser parce que les événements ne se déroulent pas dans le sens souhaité. Et ces mots, une fois libérés, font plus de mal que de bien.
 
C’est devenu une habitude : je suis souvent débordée dans le temps, alors au lieu de sortir tout mon attirail pour réaliser un bel ourlet à mes pantalons, je saute dans ma voiture et je m’arrête au centre commercial. L’accueil chaleureux de la couturière est un véritable réconfort dans mon mercredi totalement infernal. Et son aimable sourire me force à admettre (encore une fois), qu’il n’y a pas d’emplois plus beaux, plus gratifiants que d’autres; seuls ceux qui les occupent font la différence.
 
Au moment d’aller faire l’essai d’un des pantalons, voilà que, sortant d’une cabine, je croise une dame d’un certain âge, vêtue avec élégance, affichant une insupportable arrogance. Elle expédie ses vêtements sur la table de travail et demande, les lèvres pincées, dans combien de temps les six pantalons et le chemisier seraient prêts. Le sourire toujours accroché au visage, la jeune femme prend son livret de facturation et le calendrier et déclare avec chaleur : « Eh bien, est-ce que lundi prochain, ça vous irait? »
 
Je crois bien qu’à cet instant, sans cette retenue que son éducation lui avait inculquée, elle lui aurait craché son indignation au visage. Les yeux sombres, telles deux bouches de fusils braquées sur une cible, indiquent sans le moindre doute qu’elle attend une autre réponse. Et le sourire qui se voulait engageant s’évanouit sur le beau visage de la jeune couturière. Le malaise s’installe… Et moi, je n’ose l’abandonner à cette furie que je sens sur le point de se déchaîner à la moindre contrariété.
 
La dame mentionne qu’elle n’a pas l’intention de revenir chercher ses vêtements. C’est tout de suite qu’il lui les faut; elle a une partie de bridge ce vendredi. L’argumentation commence et je sens que quelqu’un va perdre ses plumes et ce n’est pas la plus vieille des deux.
 
Avec bienveillance, on propose ceci :
— Je pourrais faire l’un des pantalons aujourd’hui pendant que vous ferez vos courses dans le centre commercial.
— C’est bien. Je vais aller prendre un café et je reviendrai dans cinq minutes.
— Mais Madame, je dois servir l’autre cliente… Ça ne sera pas prêt si tôt!
— Qu’est-ce que vous me chantez là? rouspète la dame élégante. Coudre un ourlet, ça ne prend que quelques minutes; vous avez bien le temps!
 
Et me regardant, elle poursuit avec une gentillesse aussi abrasive qu’une éponge à récurer.
 
— Elle peut bien attendre! À la voir, elle ne semble pas pressée, elle! Et puis, je ne vois personne à part nous. Faites donc les six autres morceaux; vous avez amplement le temps. J’étirerai mon café jusqu’à dix minutes.
 
La femme tourne les talons et s’en va, la démarche aussi raide et inflexible que son caractère. Je regarde ma charmante couturière avec un sourire qui se veut aimable et bienveillant, lui signalant, qu’effectivement, je pouvais attendre.
 
Mais le mal est fait. Même si j’essaie d’adoucir l’événement, la tristesse reste présente sur ses traits.
 
Ce n’était pas grand-chose, me direz-vous. Quelques mots lâchés et d’autres contenus dans le regard… Pourtant c’étaient des mots chargés de colère, de mépris, d’absence de considération et d’amabilité.
 
Je sais, je ne devrais pas m’en faire, mais je pense quand même à cette ouvrière talentueuse, avenante et serviable. Comment pouvait-on être aussi dur devant tant de gentillesse? Je m’en étonne encore!
 
Mon père aime à nous répéter que ce n’est pas l’éducation qui donne de l’humanité à un individu, mais bien son cœur et la considération avec laquelle il embrasse le monde. Encore une fois, mon père a raison.
 
La dame n’avait pas été prévoyante… Elle avait une activité et s’était prise en retard. De toute évidence, le blâme lui revenait. Mais, le fait d’assumer demande une certaine maturité; maturité qui était totalement absente de ce cœur déjà usé par la vie.
 
Pardonnez-moi, j’avais besoin d’en parler, de me confier à des oreilles à l’écoute, à des cœurs sensibles et tolérants, à des gens toujours amoureux de cette espèce qu’on appelle l’humain.
 
En ce lundi matin, je pense à mes mots que je trouve si beaux, si lumineux. Comment pouvaient-ils être sombres et malveillants? Je sais, ça dépend de la bouche de laquelle ils tombent…
 
C’est clair, ce ne sont ni mes mots ni mon langage. Prenez votre café avec moi, voulez-vous? Ainsi, j’oublierai ces mots qui blessent et je ne retiendrai que la bienveillance encore présente dans le cœur des hommes et des femmes.
 
Bonne semaine chers amis!
 
Jocelyne Gagné (Mésange)
 
 
 

2 commentaires:

  1. Le Pouvoir des Mots !!! Comme j'aurais aimé de mettre une grosse claque dans la tronche de cette méchante dame "Le Pouvoir d'une grosse Claque" et après on aura bu notre café/thé avec la gentille couturière, voilà et puis c'est tout !! Je t'embrasse ma gentille Mésange avec tes mots plein de douceur, de bonté, de sagesse et d'amour, ne te laisse pas abattre par cet individu hautaine et grossière (d'ailleurs elle gisse encore parterre après la grosse claque hi hi hi)les gentils sont bien plus nombreuses !!!! Très bonne semaine à toi ma belle et j'adoooooooooore ton livre !!!!!! xxxxoooxxxxoooo

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    1. Ma chère Miriam, tu as le coeur chevaleresque! Wow! C'est beau à voir (et à lire!). Permets-moi de te confier un secret: tu es trop douce, trop aimante, trop tendre pour poser un tel geste; la violence n'est pas dans ta nature. Mais je comprends ta révolte. Je l'ai vécue également. Je garde en mémoire la douceur de cette jeune dame, tout comme je garde la tienne parmi mes bons souvenirs. Je dois t'avouer un truc: je me croyais Jeanne D'Arc, il n'y a pas si longtemps... Je crois que je ne suis pas la seule à avoir été piquée par ce besoin irrépressible de défendre "la veuve et l'orphelin". Il faut croire que l'injustice nous chatouille assez pour monter sur nos grands chevaux! Merci de prendre le thé à mes côtés. Ta chaleur me fait du bien! Et que dire de ta bonne humeur? Aussi efficace qu'un verre de champagne! Merci...
      Merci pour les bons mots concernant mon livre. Je suis touchée... Venant de toi, ça me touche davantage!

      Tendresse pour toi ma jolie!
      xoxoxox XOXO Bonne semaine!

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