lundi 16 mai 2016

Quand l'avenir s'assombrit



L’autre jour dans un petit resto sympa, j’entendais à une table voisine, un couple discuter. Sincèrement, je ne voulais pas écouter ni m’immiscer dans leur échange. Malgré tout, les soupirs de l’homme étaient si déchirants qu’ils me touchèrent droit au cœur.
 
Et j’ai écouté…
 
On ne devrait jamais faire ça.
 
Mais je l’ai fait.
 
Pourquoi? Honnêtement, je voulais savoir ce qui pouvait le mettre dans un tel état. 
 
L’homme, ayant laissé derrière lui plus de pages écrites que de pages blanches devant lui, semblait profondément malheureux. En dépit des nombreuses tentatives de sa femme pour le réconforter en lui faisant voir le bon côté des choses, rien n’arrivait à lui faire décoller le nez du désespoir dans lequel il semblait être plongé.
 
Voici ce que j’ai entendu…
 
  — Je suis trop vieux, se désespérait-il à dire. Comment veux-tu que je me trouve du travail? Aucune compagnie ne veut de travailleurs âgés de plus de cinquante-cinq ans. Je te le dis : je ne vois vraiment pas comment on va s’en sortir.
 
  — Ne t’inquiète pas, rassura sa partenaire. On trouvera bien. En attendant, il y a les prestations d’assurance-emploi*. Avec ça, on va pouvoir tenir quelques mois.
 
  La main déposée sur la grosse patte de l’homme n’arrivait pas à insuffler réconfort et consolation.

  — On ne vit pas avec ça, tu le sais aussi bien que moi. On survit à peine. Aussi bien dire que c’est trois fois rien.
 
  Il fit une pause et aspira tout l’air dans la pièce.
 
  Puis ajouta :
 
  — D’après toi, qu’est-ce qui va se passer après ces quelques mois? Moi, je vais te le dire : je vais être encore plus vieux! Et je n’aurai toujours pas d’emploi.
 
  Cette fois-ci, la femme plongea, elle aussi, le nez dans le désespoir — était-ce le même ou un autre? Je ne saurais le dire —, et à ce moment-là, j’aurais eu envie de leur dire ce que je pensais de la vieillesse.
 
Certes, on évalue le travailleur selon sa date de naissance. Plusieurs vous diront que 1960 est une mauvaise année pour ceux qui rêvent de retourner sur le marché de l’emploi. Pour les employeurs, les sixties ne sont que de bons vieux succès qu’ils aiment écouter avec nostalgie les week-ends en faisant le ménage de leur garage, sans plus. Si vous êtes nés dans les années 60 ou en dessous, on vous dira que vous êtes trop vieux, dépassé, obsolète, bon pour ramasser la poussière.
 
Pas du tout!
 
D’accord, je peux admettre que les jeunes semblent plus performants, plus endurants, et ce, pour un salaire moindre. Il se peut qu’ils aient des idées plein la tête et le cœur gonflé par l’enthousiasme.
 
Peut-être.
 
Peut-être pas.
 
À mon avis, ce n’est pas le fait d’être vieux qui est un crime de nos jours; c’est le fait d’avoir une pensée « vieille ». Et je peux vous dire que j’en connais des jeunes (et des moins jeunes) qui pensent « en vieux ». C’est vrai! Pour certains, le fait de s’impliquer dans leur emploi n’est pas une priorité. Émettre des suggestions qui feront faire des économies à leur employeur?  Proposer des idées avant-gardistes? « Hé? J’ai une vie à vivre, moi! », répondront-ils.
 
Ce que je crois c’est ceci : les entreprises ont besoin d’une pensée jeune. Et c’est quoi une pensée jeune? C’est faire preuve de curiosité, de créativité, de passion et d’intérêt. C’est démontrer une certaine ouverture face à la nouveauté et d’avoir le goût de s’impliquer afin de voir les changements s’opérer.
 
Donc, que l’on soit jeune ou non, les entreprises qui prospèrent sont celles qui ont une équipe composée de gens qui croient que rien n’est impossible. Ces travailleurs ont de l’audace et du courage, parce qu’ils veulent faire de leur mieux en tout temps.
 
Vous êtes vieux? Ça se peut.
 
Vous êtes vieux et stimulés par les défis?
 
Nous avons du travail pour vous!
 
Bonne semaine tout le monde!
 
Jocelyne Gagné (Mésange)

*Assurance-emploi : C’est un programme qui offre un revenu temporaire aux Canadiens qui ont perdu leur emploi sans en être responsable.

2 commentaires:

  1. Bien visée cette réflexion belle Jojo. ) En cette aire de recyclage si valorisée par notre jeune génération , pourquoi ne pas se remettre aussi en cause sur la pertinence de conserver et d'utiliser à bon essor l'expérience acquise de tous ces gens d'âge plus avancé. Une amalgame des générations ne peut qu'être profitable au développement d'une entreprise. Une complémentarité de savoir et de connaissances mêne inévitablement à un succès assuré. L'union des forces ne peut qu'être que bénifique pour l'un ou pour l' autre, sans pour cela mettre en péril l'évolution des 2 parties.
    Pour y arriver , il faut bien sûr y mettre de la bonne volonté et ne pas y voir de compétition . Il faut plutôt y voir un apport mutuel ,afin d'y travailler en harmonie . Andrée xxx

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  2. Chère Andrée,
    Voilà une pensée juste: mêler l'expérience avec la fraîcheur, le connu avec le nouveau, la sagesse avec la fougueuse passion. Quel heureux mélange ce serait! Tout le monde en bénéficierait. Oui, tout le monde! Ah si les employeurs voyaient autre chose que l'épaisseur de leur portefeuille!

    Tu as cent fois raison: l'apport mutuel et non la compétition. L'union des forces (j'adore!). On a besoin des uns des autres, c'est clair.

    J'ai encore besoin des conseils de mes parents. Je ne sais pas tout, Dieu merci! Et ils ont plus de vécu que moi... 35 ans c'est énorme! En 35 ans, on en apprend et on en comprend des choses. Certes, en vieillissant on devient moins "rapide", mais on est plus sage: on sait que ça ne sert à rien de courir après le lapin... puisque tôt ou tard le lapin va venir à nous... ;-)

    Merci pour ta délicieuse visite et ta belle sagesse. C'est toujours un plaisir de te lire. Toujours un plaisir de mieux comprendre la vie.

    Tendresses pour toi, ma jolie!
    xoxox

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