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Souple ne veut pas dire mou

Il m’arrive de penser que certaines de mes qualités me nuisent. Je suis souple, adaptable, compréhensive. J’aime dépanner les autres et j’éprouve beaucoup d’empathie pour mes semblables, car après tout, ils me ressemblent. 

Bref, au début de l'été, j’ai été confrontée à une difficulté. 

Je vous explique... 

J’aime écrire. Beaucoup même. Et quand j’écris, je me donne à 200%. Oui, à 200%. Je ne regarde pas l’heure ; j’écris. Je suis mon idée et je la raffine jusqu’à ce qu’elle soit parfaite (enfin de mon point de vue). Et là, je ne compte pas les heures. Pourquoi? Ce n’est pas important ; l’article l’est. Alors je m’investis dans ce que je fais et j’oublie de m’arrêter, de me dégourdir les jambes, les épaules et le cou qui déjà montrent des signes de crispation. J’oublie même de manger, de boire et parfois de respirer. Je donne tout ce que j’ai, car c’est important : j’écris. Que ce soit un article, un billet, un chapitre de mon livre, j’écris parce que je sais que quelques mots suffisent pour changer la vie de quelqu’un. Il n’y a aucune prétention dans ce que je dis… Je lis des livres en quantité et je peux vous affirmer que chaque livre m’a transformée, petitement ou grandement. Certains par une seule ligne, d’autres par l’intégralité de l’œuvre. 

Cela dit, parfois on me demande d’être souple, de m’adapter à la demande. Je veux bien, croyez-moi! Et ne pensez pas que je suis une diva qui a ses caprices. Non, vous n’y êtes pas du tout. J’aime rendre service et faire plaisir. Ah ça oui! Mais, parfois, c’est tout simplement impossible. 

Mon père disait souvent (et le répète, mais moins souvent parce qu’on a appris la leçon cinquante ans plus tard, hi! hi! hi!) : « Celui qui travaille bien ne manquera jamais d’ouvrage! » C’est vrai. En voici la preuve : on va manger dans le restaurant dont le stationnement est plein à craquer, on demande un service à une adjointe qui déjà croule sous les dossiers à traiter, on demande à ceux qui sont souples de faire ce que les râleurs refusent de faire. 

Je suis souple et adaptable… J’aime ces qualités. Et ça me chagrinerait au plus haut point de devoir les changer par abus. Je souhaite le respect, car je respecte les autres. Je veux la considération, car je considère tout travail comme source de bonheur. Je désire l’authenticité, la même qui se retrouve dans mes écrits. J’aspire à une compréhension ; certes, les miracles peuvent se produire, mais à une échelle plus réduite… Je suis une femme après tout! 

Règle générale, je suis souple parce que je le veux bien. Je suis malléable, car j’aime l’harmonie, la simplicité, l’entraide… Et je me dis que la vie se doit être simple, allant du point A au point B. Mais je dois aussi me respecter. 

Je ne peux pas tout accepter, tout tolérer. 

Et ça me fait mal d’être obligée de mettre mon pied à terre (ou d’abattre mon poing sur la table), d’affirmer mon point de vue et de refuser de faire une chose qui m’attriste. Néanmoins, c’est ma blessure à moi. Je dois l’accepter et vivre avec. 

On n’est pas parfait. 

On essaie, même très fort, d’être mieux, d’être plus. Mais, je le répète, on n’est pas parfait! 

La vie attend de nous non pas la perfection, juste le désir d’être mieux qu’hier. 

Par conséquent, je me dis, si je fais de mon mieux, ça devrait suffire. Et si le mieux est de refuser quelque chose qui pourrait altérer ma confiance, l’estime que j’ai de moi, alors le mieux est de penser à moi plutôt qu’aux caprices de certaines personnes. 

S’affirmer n’est pas chose facile ; respecter ses limites non plus. Nous n’avons pas à dire oui à tout et tout le temps. Être souple ne veut pas dire être mou. Être souple, c’est choisir nos concessions selon ce que nous croyons être juste pour nous et les autres. 

Alors, faisons de bons choix afin de nous respecter tout en respectant les autres. Répondons à la demande en gardant en tête que nous avons le droit de refuser de faire quelque chose qui ne nous convient pas. Faisons de notre mieux et si les autres trouvent à redire, eh bien, il est peut-être temps pour nous de changer de décor ou de modifier notre cercle d’amis. 

Bonne semaine tout le monde! 

Jocelyne Gagné (Mésange) 




Un retour en toute sérénité





Mes chers amis,

Me voilà enfin de retour! Comme je suis contente!
 
Eh oui, je l’avoue, l’absence fut longue, presque interminable. Les heures, les jours s’écoulaient tantôt avec une lenteur extraordinaire, tantôt à la vitesse d’une Formule 1 lors des qualifications. Selon ce que je vivais, je me sentais à la fois le lièvre et la tortue de la fable populaire.
 
Ce temps de retraite a été bien involontaire de ma part (un instant… je dois préciser ce point: ce fut volontaire,  car c’est bel et bien moi qui ai décidé de cesser, durant un moment, d’alimenter mon blogue, mais involontaire dans le sens où j’aurais aimé poursuivre l’écriture de billets durant mon travail de correction du tome 2). Cette pause, loin d’être de tout repos, m’a montré du bout du doigt mes limites. «Quoi? J’ai ça des limites? Voyons donc! Des limites, c’est bon pour les moteurs, les territoires, les panneaux routiers, mais non pas pour les audacieux!»
 
Est-ce que je vous l’ai déjà dit? Probablement pas. Ce sont ces choses que je garde pour moi. D’ordinaire. Bon eh bien, notez ceci, car cela en vaut la peine : je n’aime pas me tromper!  Et ne me dites pas que je suis la seule sur cette planète à croire que mes pensées sont justes et qu’elles valent la peine que je les défende bec et ongles.  Non, je ne suis pas LA seule… N’essayez même pas; je le sais!
 
Bref, je m’étais trompée : j’avais des limites. En fait, je les ai trouvées. Je devrais plutôt dire : elles m’ont trouvée. Oh oui! Probablement en faisant des recherches sur Google ou sur Facebook ou encore en subtilisant une des listes d’envoi de Bell Canada (c’est fou comme le marketing est efficace dans cette boîte-là! On nous trouve même lorsque nous-mêmes n’arrivons pas à nous retrouver! Voilà un mystère qui mérite qu’on s’y attarde… Mais bon, pas aujourd’hui). Rapidement, voulez-vous savoir quel effet cela a produit sur moi le fait de me faire embrasser par mes propres limites? Non, ne rêvez pas ; ce n’était pas un baiser tendre, mouillé, savoureux et fondant. Encore moins celui qui vous transporte haut dans les airs et vous laisse retomber en chute libre pour vous reprendre encore et encore. C’était plutôt un baiser brutal, exigeant et vorace, presque un avertissement que la prochaine fois, on partirait avec le morceau. Outch!!!
 
J’ai réalisé que si je voulais continuer d’écrire, d’avoir du plaisir avec ma créativité, d’être la plume pour Dame l’Inspiration, je devais aussi me reposer. Certes, j’aurais pu me lancer dans des activités stimulantes (et épuisantes) qui m’auraient fait oublier la fatigue. Cependant, j’ai décidé d’accueillir cet état non pas comme une faiblesse, mais plutôt comme une mise en garde que mon corps me formulait gentiment: « Si tu vas au-delà, je ne pourrai plus prendre soin de toi. »
 
C’est beau, n’est-ce pas?
 
Au lieu de me voir limitée, je me voyais libre de choisir entre brûler le moteur et ménager sa mécanique. De plus, je réalisais que je comptais pour quelqu’un c’est-à-dire moi-même. Je valais suffisamment la peine pour que je puisse faire l’effort de prendre soin de mon corps et de ma tête. D’abord pour moi-même afin de continuer à savourer chaque ligne d’écriture, chaque lever et coucher de soleil. Ensuite pour les autres.
 
La vie est simple après tout : on fait ce que l’on veut et de la façon dont on le veut. Les limites ont toujours été là. On peut, certes, les repousser, mais on ne pourra pas les effacer.
 
Jamais.
 
Les limites sont là pour prendre soin de nous.
 
Nous sommes mardi matin. C’est le moment de prendre un bon café ensemble. (Au fait où étais-je hier? Je me reposais sur mes lauriers. Et comme je n’avais aucune idée où trouver des lauriers, eh bien, j’ai passé la journée à les chercher, à prendre un café, à regarder les nuages se déplacer dans le ciel et puis je les ai enfin trouvés. Ils étaient non pas sur la tête de César, mais à l’épicerie dans un pot si minuscule que je me suis demandé comment je ferais pour m’y reposer sans trouver cela totalement inconfortable.) Bref, j’aimerais vous inviter à prendre le temps de reconnaître vos limites et de les respecter comme étant une frontière bienveillante qui veut votre bien en vous indiquant que passé cette ligne, vous jouez à pile ou face avec ce qui vous tient à cœur.
 
Bonne semaine tout le monde!
 
Jocelyne Gagné (Mésange)
 
P.-S. Et si l’envie de vous reposer vous prenait, oubliez les lauriers et choisissez… le canapé!

Et si courir n’était pas la solution?

En faire toujours plus pour se rapprocher du bonheur, est-ce là le seul moyen pour y parvenir?

 
Lundi matin, le réveil vous indique qu’il est l’heure de vous lever, mais le cerveau, lui, proteste. Vous sortez du lit misérablement. De toute évidence, les lundis ne devraient jamais exister. Le pas alourdi par le poids de la contrainte, vous vous dirigez petit à petit vers la salle de bain où machinalement vous plongez tête première sous l’eau chaude. Les yeux fermés, le corps enveloppé de vos bras, vous profitez de la délicieuse chaleur qui vous caresse. Vous savourez ce moment comme si le temps n’avait plus d’importance. La tête dans l’embrasure de la porte, votre chéri vous incite à changer de vitesse, car vous allez définitivement manquer de temps. Zut!
 
Nue comme un ver emperlé de fines gouttelettes, le corps granulé de chair de poule, vous foncez vers la penderie. Quel vêtement porter? Au diable, vous prenez n’importe lequel et dans votre hâte, vous ne remarquez même pas que vous avez enfilé un soulier brun et un soulier bleu. Oups! À la cuisine, c’est la panique : un coin de pain grillé entre les dents, un café qui refroidit à l’extrémité du comptoir et vous voilà en train de préparer en vitesse les sacs-repas de tout le monde. Sauf le vôtre. Je dînerai au resto si j’ai l’temps! Le café dans une main, vous poussez allègrement les enfants vers la sortie attrapant au passage votre serviette, et sur le pas de la porte on vous regarde la bouche grande ouverte et la queue remontée… Argh! Pas l’temps! «Chéri? Occupe-toi du chien, OK?»
 
Vous sautez dans votre véhicule et démarrez à toute allure; vous êtes déjà en retard! Arrivée au bureau, un employé vous bouscule et par inadvertance éclabousse votre beau chemisier qui vient de passer du blanc au beige moucheté. Soupir. La réunion est devancée et vous n’êtes pas prête; ce n’est pas nouveau. Vous vous dites que vous allez improviser, mais cette fois-ci, ce sera plus difficile, car tous les chefs de service seront présents. Double soupir.

Si la nature pouvait parler

Le bois aux murmures



Comme tous les matins, avant même que le soleil n’enflamme l’horizon, la jeune fille était debout, prête à embrasser ce nouveau jour. Vite douchée et habillée, coiffée d’un rien, elle mordait dans une tartine de beurre comme dans la vie. Glissant son appareil photo autour du cou et son trépied sous le bras, elle poussa la porte de sa ravissante maison, surprenant l’aube de sa présence, faisant sursauter le chat qui rentrait nonchalamment de son escapade nocturne. Les grosses billes jaunes, encore éberluées, fixaient la silhouette de sa maîtresse qui déjà s’évanouissait dans le jour naissant.

Les cheveux balayant son dos, la tête haute, la jolie demoiselle marchait de ce pas gracile qui donnait à sa démarche tant de légèreté. Elle ne marchait pas, que dis-je, elle flottait vers ce lieu magique qui l’attendait. Et pendant que sa fantaisie la poussait vers les bois, la ville, elle, s’éveillait à regret. Pour les pauvres dormeurs encore ensommeillés, le chant des oiseaux était une fausse note en cette heure si matinale. Puis le bruit du quotidien couvrit celui de la nature, laissant au passage une furtive odeur de café et de pain grillé.

À la base du monde, les premiers rayons du soleil fusèrent dévoilant les couleurs, libérant ainsi les ombres silencieuses.

Tous les matins étaient semblables aux autres matins, sauf celui-ci…

Inutile de laisser votre message après le bip

Durant plus de vingt ans, j'ai occupé un poste d’adjointe administrative et jamais il ne me serait venu à l’esprit de ne pas rendre un appel ou de laisser une lettre ou un courriel sans réponse. Si une personne avait fait l’effort d’entrer en contact avec moi, c’était la moindre des choses que de lui répondre. En revanche, il arrivait que mes messages disparaissent dans le néant. Le p’tit bout de papier rose avait dû, par inadvertance, s’égarer parmi les dossiers empilés ou entre les boules de papier froissé et les restes d’un dîner. Ça peut arriver. Cependant, durant les cinq dernières années en poste, je remarquai une aggravation de ce manque de rigueur qui ne s’expliquait pas. Désormais, je devais me déplacer d’un poste de travail à un autre si je voulais obtenir les réponses voulues. De toute évidence, la nouvelle technologie nous permettait de gagner du temps (boîte vocale, messagerie, textos, etc.), mais bizarrement, on ne joignait plus personne.
 
Aujourd’hui encore, je remarque que ce respect se perd; les messages et les invitations attendent toujours une réponse qui ne vient pas. Vous vous dites (et vous y croyez) que cette façon de faire est acceptée, car tout le monde vit le même problème. Vous êtes tellement sollicité par la publicité que, psychologiquement, vous décrochez; tout va à la poubelle! De l’annonce qui vous promet de doubler la taille de votre lunette télescopique à la belle invitation d’une amie à une fête; tout y passe, car vous ne prenez plus la peine de faire le tri. Ben quoi, vous avez une vie!
 
Dommage…