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La tasse de Djamila

Du plus loin qu’elle se souvenait, le puits avait toujours été là, au centre du village. Dès qu’elle en eut eu la force dans les bras, Djamila alla puiser l’eau au puits. C’était une énorme chaudière pour ses maigres bras. D’année en année, ses muscles devinrent plus tolérants à l’effort et le seau plus léger. Chaque jour, elle rapportait l’eau à sa mère et chaque jour, Djamila y plongeait sa tasse. Ce n’était pas une tasse de grand luxe; elle était simplement façonnée d’argile avec une anse des plus ordinaires. Aucune décoration n’ornait le pourtour, mais le plus important, celle-ci n’avait subi aucun dommage et c’était tout ce qui comptait. Dans ce pays aride au nord de l’Afrique, on recherchait avant tout la simplicité, la commodité et la solidité. On ne s’embarrassait pas de superflu juste pour faire joli.
 
Dans cette contrée lointaine, jour après jour, le vent soulevait le sable, usant les murs des maisons, balayant les rues de ce labyrinthe des plus prévisibles, asséchant l’air ambiant. Jour après jour, faisant fi de cette poussière perpétuellement présente, la jeune fille devenue femme, puisait l’eau avec un rythme bien à elle, plongeant sa tasse dans l’eau fraîche pour savourer l’effort de cette longue marche. Matin après matin, elle marchait vers le puits, heureuse d’avoir de l’eau pour étancher sa soif et celle de sa famille.
 
Puis, les années passèrent et la pauvreté s’installa pour de bon au village, n’épargnant personne, se moquant du genre et du nombre, touchant tous les âges. Le travail se fit plus rare, les cultures moins florissantes et les bras pour s’en occuper disparaissaient comme balayés par un vent mauvais. Et la jeune femme souffrait de voir les siens si vulnérables, si appauvris.
 
Un matin comme tant d’autres, la jeune femme se rendit au puits. Elle remplit le seau puis y plongea sa tasse avant de reprendre la route et au moment où elle but, des gouttes vinrent noircir le sable à ses pieds. Elle examina sa tasse et vit qu’elle était fêlée… Celle qui l’avait accompagnée tous les jours depuis son enfance perdait de l’eau.
 
Et pendant que les pages du calendrier se détachaient une à une, Djamila finit par oublier la vulnérabilité de sa tasse. On lui fit une demande en mariage et la jeune femme accepta, le cœur en joie de cette union. L’amour engendra des fils et des filles puis se fit de moins en moins disponible, de moins en moins généreux, si bien que l’amour s’assécha comme un champ délaissé. Et tout comme le cœur, la tasse se fragilisa davantage. Le mari abandonna son épouse, la laissant avec la honte sur le visage et des enfants plein les bras. La misère se fit plus cruelle, plus étouffante encore.
 
Et pendant que le sable s’écoulait dans le sablier du temps, la tasse se fendillait. Et pourtant, à l’approche de la cinquantaine, Djamila continua de puiser l’eau et d’y glisser sa tasse qui contenait de plus en plus difficilement l’eau récoltée. Tout comme le récipient, la courageuse femme supporta, par habitude, l’adversité tout en se fragilisant un peu plus chaque jour.
 
Puis un beau jour, l’impensable survint : la tasse se brisa. Et comme si leur destin était lié, Djamila tomba malade… D’un mal inconnu. Les soins ne lui apportaient peu de réconfort, aucun bien-être. Tous étaient à son chevet, attendant que l’heure sonne. Que cette heure de tristesse passe et fauche sur son chemin celle qui était aimée de son entourage, de sa famille, de ses enfants.
 
Par la fenêtre, un rayon de soleil s’invita et vint s’attarder sur le visage émacié de la malade dont les yeux ne voulaient plus s’ouvrir sur le monde. Et au moment où l’on crut que la mort venait de la surprendre, voilà que le petit-fils entra dans la chambre comme un coup de vent. Tout le monde le regardait, choqué par cette intrusion déplacée. Quelques-uns cherchèrent à retenir son élan, mais le bambin, lui, voulait voir sa grand-mère… Il avait quelque chose à lui dire.
 
Le front contrarié, le père repoussa son fils vers la porte de la chambre, mais Djamila ouvrit les yeux et de sa voix éteinte invita l’enfant à s’approcher.
 
Le silence de la pièce se fit pesant et l’air difficile à respirer. L’enfant n’était plus aussi sûr de lui. Et encore moins de ses intentions. Il avança timidement vers ce lit dans lequel se perdait sa grand-mère et dont les yeux s’étaient refermés. Tous les regards étaient fixés sur lui, et le sien sur celle qu’il aimait tant. Et la lumière qui enveloppait la vieille dame d’une auréole dorée l’encouragea à avancer.
 
« Mamie? J’ai recollé ta tasse, dit-il d’une voix mal assurée. Tu vois, elle est comme avant. »
 
Djamila ouvrit les yeux, glissa sa main frêle sur la tête de l’enfant, la caressa un moment puis prit l’objet entre ses mains. Des larmes chaudes et abondantes roulèrent sur ses joues.
 
« Elle est comme avant, dit-elle dans un souffle.
 
— Mais elle perd encore de l’eau, Mamie. » confia tristement l’enfant.
 
Le regard humide et la lèvre tremblante, il ajouta:

« Veux-tu rester encore un peu… avec nous? »
 
Seul le silence lui répondit, faisant fondre ainsi le regard du garçon comme la neige au printemps. Et son cœur se fêla.
 
L’ultime rayon de soleil quitta la chambre emportant avec lui le dernier sourire de Djamila. Et dans la pénombre reposait une femme tenant dans ses mains la tasse de sa vie. Une vie de bonheur, une vie de blessures, une vie de cassures, une vie dont on peut toujours recoller les morceaux.
 
Jocelyne Gagné (Mésange)

Histoire de poisson

Pourquoi se limiter aux faits quand on a une si belle histoire entre les mains! 

On aime bien raconter nos petites histoires. Il arrive qu’on en élargisse les proportions afin de les rendre plus croustillantes et palpitantes. Le public a donc son importance; il doit être composé de plus d’une personne, sinon cela se résumerait à un simple dialogue. Et tant qu’à raconter pourquoi s’arrêter aux faits? C’est quelque peu ennuyeux tant pour celui qui raconte que pour celui qui écoute, alors on étire les contours de la vérité tout en conservant un fond de celle-ci. On s’y emploie avec autant de force et de vigueur que si nous étions assujettis d’une bonne fièvre! 

Que de bons souvenirs se sont forgés autour de ce genre d’histoires! Au fait, cela me rappelle un épisode de ma jeunesse…

Lorsque nous étions enfants et que l’anecdote contée dépassait les bornes du réalisme pour devenir presque de la fiction, mon père nous racontait cette charmante petite histoire pour nous ramener les deux pieds sur terre. Peut-être vous fera-t-elle sourire en ce lundi matin, quoi qu’il en soit, elle ne vous laissera pas indifférents… 

* * * 

Après une rude journée, deux marins (le père et le fils) s'installèrent autour d'un feu pour se reposer et raconter à tour de rôle leur journée. Le plus jeune s'exprima en premier: «Je suis allé pêcher aujourd'hui et tu sais quoi l'père? Eh bien j'ai pêché un doré de 50 pouces (127 cm).» Et joignant le geste à la parole, il gonfla le torse et ouvrit les bras jusqu'à en avoir mal aux épaules. 

Le père qui brassait le feu avec l’extrémité d’un bout de bois lui répondit avec un sourire en coin: «Eh ben tu sais quoi l'jeunot? Moi j'ai pêché un fanal... un fanal allumé. Oui p'tit gars, un fanal allumé…» 

Faisant les yeux ronds, le fils riposta: «Ben voyons donc l'père, un fanal allumé, ça s'peut pas?» 

Et le plus sereinement du monde le père lui répondit: «Eh ben si tu raccourcis ton poisson l’jeune, moi j'vais éteindre mon fanal!» 

* * * 

Est-ce que j’ai cessé de raconter des histoires suite à cela? Eh bien non. Mes poissons ont gardé la même taille; j’ai simplement adapté mon fanal afin qu’il soit à l’épreuve de l’eau… 

Bonne semaine tout le monde! 

Mésange

Un petit coup de pouce ne serait pas de refus!

 

Il ne faudrait pas être surpris de ne pas avoir gagné à la loterie si on n’a même pas pris la peine d’acheter un billet!


Allez savoir pourquoi, j’ai toujours pensé que la formule aide-toi et le Ciel t’aidera était tirée de la Bible. À ma grande surprise, c’est en lisant une des fables de Lafontaine Le Chartier embourbé que j’ai retracé cette morale. Mais me direz-vous, la Bible a été écrite longtemps avant que l’homme de plume ne rédige ses fabuleuses histoires; il s’est peut-être laissé inspirer par quelques versets bibliques? Ça serait fort logique, cependant il n’y a aucune trace de ce dicton dans la Bible alors je dois en conclure que l’auteur de cette maxime n’est nul autre que Jean de Lafontaine.
 
Bien que nous connaissions cette expression, on oublie de l’appliquer. Trop souvent on exige de notre gouvernement de la souplesse, des enseignants une meilleure éducation pour nos enfants, de notre employeur un salaire plus rémunérateur, de notre conjoint une aide additionnelle à la maison, etc. Tout ce que l'on fait c’est demander et attendre…

N’aurait-on pas oublié quelque chose?

Un fleuve, un peuple, une histoire...

Sans les hommes et les femmes d’hier, sans leur courage, leur détermination et leur persévérance, nous n’aurions pas un si beau aujourd’hui; de leurs efforts est née une belle nation.
 
Aujourd’hui c’est la fête nationale des Québécois et dans une semaine, ce sera celle des Canadiens. Pourquoi ne pas avoir fait une fête commune? Parce qu’un Québécois est avant tout québécois avant d’être canadien; il est fier de ses origines, de ses racines, de sa culture, de sa langue, de son histoire et de son identité si différente du reste du pays. Il s’en faudrait de peu pour croire que le Québec est un petit village peuplé d’irréductibles Gaulois vivant sur un sol occupé par des Romains. D’ailleurs, ces Romains ne sont pas si terribles que cela puisque nous sommes toujours là!
 
Mais avant d’y être, il n’y avait rien ou plutôt, il y avait tant de choses…

1er lundi de septembre 2012

[Photographie réalisée par Robert Lemire]
Café du matin
Back to work!


Mon cher bureau, depuis quelque temps je l’avais délaissé, troquant cette pièce inspirante pour prendre du repos sur le divan. Le divan qui, soit dit en passant, était très sympa. On s’est tout de suite lié d’amitié! Néanmoins, après une semaine, je commençais déjà à moins l’apprécier. Je rêvais d’un bon lit moelleux dans lequel faire autant de moulinets que les couvertures pouvaient me le permettre. Finalement, les traitements ont fait leur travail et moi, pour une fois, je les ai laissés agir à leur guise avec quelques réticences près.

Ce matin, je reprends le collier. Ça promet! J’ai mon café, mon portable et mon carnet de notes. Voilà c’est parti! J’allume l’ordinateur et… au fait, quel est le mot de passe? Je m’arrête deux semaines et voilà ce qui se produit! Évidemment, je ne l’ai noté nulle part. Et pendant que je cherche dans cette grosse tête bien creuse, les aiguilles de l’horloge, elles, tournent en rond, tout comme moi d’ailleurs.

Cette mémoire ne vaut pas un clou! Je n'ose même pas imaginer tout ce qu’elle a largué durant mon absence. Peut-être mes codes de cartes de crédit, mes identifiants pour les comptes d’achats sur Internet, mes codes d’accès bancaires et j’en passe.  J’angoisse juste d’y penser! Quand je songe qu’à une certaine époque, tout ce que j’avais à retenir se limitait à mon adresse postale et mon numéro de téléphone à sept chiffres, et voilà qu’aujourd’hui je dois confier un tas d’informations indispensables à cette mémoire des plus capricieuses. Ce n’est pas terrible!

Je vous le dis sincèrement, les mots de passe vont un jour m’achever!
 

Après un certain temps (combien? je n’enfoncerai pas davantage le clou), la mémoire m’est revenue mais mon envie d’écrire, elle, s’est éclipsée pour de bon. Quelle perte de temps!

Alors je prends la résolution de noter tous mes mots de passe dans un carnet qui sera par la suite déposé dans un tiroir fermé à clé. Cette clé sera rangée dans un endroit connu de moi seule. Ainsi, je n’aurai plus besoin de me rappeler tous ces codes insignifiants.

Ça y est, c’est noté, le tout déposé dans un tiroir et la clé, en sécurité. Comme je suis fière de moi! J’ai enfin résolu mon problème de mémoire! Yes!

De retour à mon bureau, le doute me gagne : et si je ne me rappelais plus de l’endroit où j’avais rangé cette fameuse clé? Et voilà que ça recommence!

En ce lundi matin, je vais aller me préparer un deuxième café pour oublier que j’oublie et pour oublier que la greffe de mémoire, ce n’est pas pour demain!

Bonne et belle semaine tout le monde!

Mésange

Un peu de solidarité...


L'entraide n'a jamais fait de mal à personne, au contraire; nous pouvons tous donner un coup de pouce, offrir un peu de support et encourager les autres. C'est facile et ça demande peu de nous-mêmes.

Aujourd'hui ce sont les autres qui ont besoin d'un coup de main; demain, ce sera peut-être notre tour.

Souvent, nous sommes réticents face à l'entraide parce que nous avons peur de donner et de ne pas recevoir en retour.  Et si nous commencions par donner, juste pour voir, peut-être serions-nous surpris des résultats?

Voici un texte présent sur plusieurs sites Internet et qui nous fera réaliser qu'ensemble on peut aller plus loin, plus vite et de façon plus agréable!

Même le meilleur service n'est pas toujours satisfaisant

Voici une petite histoire tirée du livre Petites actions, grands résultats qui, je l'espère, vous fera sourire en cette magnifique journée. 

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Même le meilleur service n'est pas toujours satisfaisant

[Photographie tirée de Dreamstime]
Une employée des postes, affectée au tri, a remarqué une lettre rejetée par sa trieuse, adressée simplement à «Dieu, a/s Le ciel». En termes émouvants, une dame âgée, n'ayant jamais rien demandé, y disait avoir désespérément besoin de 400 $. L'employée a transmis la lettre à ses collègues, touchés, tout comme elle. En se cotisant, ils ont réuni la somme de 200 $ et l'ont envoyée, anonymement, à l'adresse de retour indiquée sur l'enveloppe.

Une semaine plus tard, la dame a de nouveau écrit à Dieu. «J'apprécie votre aide, de tout coeur, disait-elle, mais quelqu'un a volé la moitié de l'argent. Je suppose que ce sont ces salopards du bureau de poste.»

(FRITZ Roger, Petits actions grands résultats, Saint-Hubert, Éd. Un monde différent ltée, 2003, p. 122)

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Bon week-end tout le monde!

Mésange