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Des mots pour mieux vivre

Mes chers amis,
Vous écrire est toujours un bonheur même si je ne le fais pas souvent. Il est vrai que les derniers mois furent investis à la rédaction du dernier tome de ''La divine providence". Et que durant cette période, un peu étrange, où la vie reprenait son cours avec des allures de grande dame - lentement, et ce, avec élégance -, j'ai eu amplement le loisir de réfléchir. Les mots se sont inscrits non pas sur mon blogue, mais dans un carnet. C'étaient des mots pour moi - des mots pour m'accompagner aussi agréables qu'un bon café que l'on savoure sur une terrasse en plein soleil.

Trop souvent, on oublie de s'offrir des mots. On pense aux autres, à leur bien-être, à leur moral, à leur vie qui est parfois vide de vie ou de sens, mais on oublie qu'on a, nous aussi, besoin de bons mots. Et qui d'autre que nous est mieux placé pour nous offrir ce dont on a besoin? Je vous le dis: écrire réchauffe le coeur et l'âme d'une manière extraordinaire!

J'ai terminé la rédaction de mon dernier livre le 4 juillet dernier. (Yé!!!) Certes, le travail n'est pas entièrement finalisé; je dois retravailler mon manuscrit, le peaufiner, le rendre plus magnifique encore. C'est une étape importante dans laquelle le meilleur se déploie. Donc, la sortie de ce beau livre, ça s'en vient. Et plus vite que vous ne le croyez!

En attendant, prenez le temps d'écrire pour vous ne serait-ce que quelques mots dans un carnet ou sur un ''post-it'' que vous collerez dans un endroit discret. Offrez-vous des mots qui pétillent comme un champagne. Choisissez les plus beaux, non pas par arrogance mais bien par bienveillance, et ce, pour votre plus grand bien.

Jocelyne xo


Partant de loin

C’est le retour.
Le retour des mots.
Mon retour avec eux.
Certes, ils sont hésitants, un peu frileux à s'exprimer; ils craignent d’être peu nombreux.
Ils se demandent s’ils seront en harmonie les uns avec les autres.
Ils s’interrogent sur le comment ils seront perçus, interprétés, compris.
C’est vrai, il y a si longtemps que je les garde enfermés, tantôt dans ma tête, tantôt bien au chaud dans mon coeur.
Il y a si longtemps qu’ils souhaitent sortir, mais étrangement, ils se sentent comme ces vieillards dans les hospices craignant de sortir de peur d’avoir froid, de se perdre, de tomber et de ne plus être capables de se relever.
Alors ils attendent. 
Ils attendent que quelqu’un vienne les chercher.
Pour les aider à franchir la porte.
Pour les accompagner une fois dehors.
Pour les rassurer. Juste un peu.

C’est le retour.
Le retour des mots.
Des mots qui vont grandir avec moi. Avec vous.
Des mots issus de ma vulnérabilité, de ma sensibilité, de ma simplicité, de ma joie de vivre et de mon amour pour la vie.
Des mots qui viennent de loin portant encore le goût salé de la tempête en mer.
Des mots si près du coeur qu’on pourra sentir leur chaleur, leur douceur, leur profondeur nous pénétrer.

C’est le retour.
Mon retour vers vous.
Il y a longtemps.
Il y a si longtemps.
Je vous retrouve... enfin!
Jocelyne Gagné



Le pouvoir des mots

On pense que les petites réflexions lâchées durant une conversation ne servent qu’à faire élégant, à montrer qu’on a le sens de la légèreté, mais quand on y pense, ils sont là pour donner une certaine contenance à notre impatience qui est sur le point d’exploser parce que les événements ne se déroulent pas dans le sens souhaité. Et ces mots, une fois libérés, font plus de mal que de bien.
 
C’est devenu une habitude : je suis souvent débordée dans le temps, alors au lieu de sortir tout mon attirail pour réaliser un bel ourlet à mes pantalons, je saute dans ma voiture et je m’arrête au centre commercial. L’accueil chaleureux de la couturière est un véritable réconfort dans mon mercredi totalement infernal. Et son aimable sourire me force à admettre (encore une fois), qu’il n’y a pas d’emplois plus beaux, plus gratifiants que d’autres; seuls ceux qui les occupent font la différence.
 
Au moment d’aller faire l’essai d’un des pantalons, voilà que, sortant d’une cabine, je croise une dame d’un certain âge, vêtue avec élégance, affichant une insupportable arrogance. Elle expédie ses vêtements sur la table de travail et demande, les lèvres pincées, dans combien de temps les six pantalons et le chemisier seraient prêts. Le sourire toujours accroché au visage, la jeune femme prend son livret de facturation et le calendrier et déclare avec chaleur : « Eh bien, est-ce que lundi prochain, ça vous irait? »
 
Je crois bien qu’à cet instant, sans cette retenue que son éducation lui avait inculquée, elle lui aurait craché son indignation au visage. Les yeux sombres, telles deux bouches de fusils braquées sur une cible, indiquent sans le moindre doute qu’elle attend une autre réponse. Et le sourire qui se voulait engageant s’évanouit sur le beau visage de la jeune couturière. Le malaise s’installe… Et moi, je n’ose l’abandonner à cette furie que je sens sur le point de se déchaîner à la moindre contrariété.
 
La dame mentionne qu’elle n’a pas l’intention de revenir chercher ses vêtements. C’est tout de suite qu’il lui les faut; elle a une partie de bridge ce vendredi. L’argumentation commence et je sens que quelqu’un va perdre ses plumes et ce n’est pas la plus vieille des deux.
 
Avec bienveillance, on propose ceci :
— Je pourrais faire l’un des pantalons aujourd’hui pendant que vous ferez vos courses dans le centre commercial.
— C’est bien. Je vais aller prendre un café et je reviendrai dans cinq minutes.
— Mais Madame, je dois servir l’autre cliente… Ça ne sera pas prêt si tôt!
— Qu’est-ce que vous me chantez là? rouspète la dame élégante. Coudre un ourlet, ça ne prend que quelques minutes; vous avez bien le temps!
 
Et me regardant, elle poursuit avec une gentillesse aussi abrasive qu’une éponge à récurer.
 
— Elle peut bien attendre! À la voir, elle ne semble pas pressée, elle! Et puis, je ne vois personne à part nous. Faites donc les six autres morceaux; vous avez amplement le temps. J’étirerai mon café jusqu’à dix minutes.
 
La femme tourne les talons et s’en va, la démarche aussi raide et inflexible que son caractère. Je regarde ma charmante couturière avec un sourire qui se veut aimable et bienveillant, lui signalant, qu’effectivement, je pouvais attendre.
 
Mais le mal est fait. Même si j’essaie d’adoucir l’événement, la tristesse reste présente sur ses traits.
 
Ce n’était pas grand-chose, me direz-vous. Quelques mots lâchés et d’autres contenus dans le regard… Pourtant c’étaient des mots chargés de colère, de mépris, d’absence de considération et d’amabilité.
 
Je sais, je ne devrais pas m’en faire, mais je pense quand même à cette ouvrière talentueuse, avenante et serviable. Comment pouvait-on être aussi dur devant tant de gentillesse? Je m’en étonne encore!
 
Mon père aime à nous répéter que ce n’est pas l’éducation qui donne de l’humanité à un individu, mais bien son cœur et la considération avec laquelle il embrasse le monde. Encore une fois, mon père a raison.
 
La dame n’avait pas été prévoyante… Elle avait une activité et s’était prise en retard. De toute évidence, le blâme lui revenait. Mais, le fait d’assumer demande une certaine maturité; maturité qui était totalement absente de ce cœur déjà usé par la vie.
 
Pardonnez-moi, j’avais besoin d’en parler, de me confier à des oreilles à l’écoute, à des cœurs sensibles et tolérants, à des gens toujours amoureux de cette espèce qu’on appelle l’humain.
 
En ce lundi matin, je pense à mes mots que je trouve si beaux, si lumineux. Comment pouvaient-ils être sombres et malveillants? Je sais, ça dépend de la bouche de laquelle ils tombent…
 
C’est clair, ce ne sont ni mes mots ni mon langage. Prenez votre café avec moi, voulez-vous? Ainsi, j’oublierai ces mots qui blessent et je ne retiendrai que la bienveillance encore présente dans le cœur des hommes et des femmes.
 
Bonne semaine chers amis!
 
Jocelyne Gagné (Mésange)